• Lois mémorielles et liberté académique

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    Une mise en perspective salutaire dans un débat sur les lois mémorielles qui manque parfois singulièrement de recul. Une tribune de Bruno Chaouat, directeur du Center for Holocaust and Genocide Studies, Université du Minnesota, qui pose la question de la liberté académique et intellectuelle.

    “Le problème, dans la tribune de Pierre Nora, n’est donc pas l’indignation légitime de son auteur contre la nouvelle loi. C’est son quasi-silence au sujet du négationnisme pratiqué par l’Etat turc. Un intellectuel de l’envergure de Nora devrait savoir que, quant aux restrictions de la liberté académique, il y a pire que la France : la Turquie, par exemple. Aussi Nora voit-il la paille qui est dans l’œil de la législation française, mais ignore la poutre qui est dans celui du code pénal turc. Rappelons en effet que la législation de ce pays punit les intellectuels et les écrivains qui ont l’idée indécente de parler, à propos des massacres d’Arméniens de l’Empire ottoman, de “génocide”.

    Rappelons que des citoyens turcs ont été et sont encore persécutés, sur le territoire de la Turquie et à l’extérieur de ce territoire, pour oser exprimer leur conviction au sujet de cette période historique. Rappelons enfin que la Turquie punit, au titre de l’article 301, “l’insulte à la nation turque”, et que la reconnaissance du génocide arménien tombe sous le coup dudit article de loi. L’écrivain Orhan Pamuk, parmi d’autres, journalistes, chercheurs ou écrivains moins célèbres, en a fait les frais.
    (…)
    Soutenons donc Pierre Nora dans sa lutte contre les lois mémorielles et pour l’indépendance de la recherche. Mais exigeons de nos éminents intellectuels qu’ils dénoncent la censure du gouvernement et des lobbies turcs, censure qui ne se limite pas, répétons-le, au territoire de la Turquie (ce serait déjà intolérable), mais affecte les chercheurs du monde entier, contraints de se demander, avant de publier un article ou un livre, s’ils auront les moyens de s’offrir les services d’un avocat, dans le meilleur des cas, et d’un garde du corps, dans le pire.”

    A mettre en relation avec ces déclarations surréalistes, et bien inquiétantes, du ministre de l’Intérieur turc.

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