• Peter Sloterdijk: “Le guillemet, c’est la politesse du pirate.”

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    Texte savoureux de Peter Sloterdijk paru dans Le Monde sur le plagiat et la production universitaire:

    Pour appréhender la différence spécifique entre le plagiat universitaire et tous les autres cas de mépris de la “propriété intellectuelle”, il faut tenir compte de la spécificité inimitable des procédures académiques. Vu de l’extérieur, le monde universitaire fait l’effet d’un biotope spécialisé dans la production de “textes” le plus souvent bizarres et totalement éloignés du populaire. Ils vont des rapports de séminaire et devoirs semestriels aux thèses et mémoires d’habilitation, en passant par les mémoires de diplôme ou de maîtrise et aux devoirs de partiels, sans parler des expertises, des projets de recherches, des mémorandums, des projets de structure et de développement, etc. : autant de végétaux textuels qui s’épanouissent exclusivement dans le microclimat de l’Academia – comparables à ces plantes rampantes des hautes Alpes qui survivent à des altitudes où les arbres ne poussent plus – et qui, en règle générale, ne supportent pas une transplantation dans les plaines plates et dégagées de la vie éditoriale.
    (…)
    Le plagiat universitaire se déroule par conséquent le plus souvent dans des conditions où les motifs qui interviennent d’habitude dans le non-respect de la propriété intellectuelle, le fait souvent évoqué de se parer avec les plumes des autres, ne peuvent guère jouer de rôle. Alors qu’en terrain dégagé les plumes d’autrui sont censées améliorer l’attractivité de celui qui les porte et augmenter sa “fitness érotique”, pour employer le jargon des biologistes, les plumes des autres, en milieu universitaire, servent plutôt à se camoufler et à plonger dans l’ordinaire. Elles aident le porteur des plumes à passer inaperçu dans le flux régulier des masses de textes.
    (…)
    Dans la perspective de la situation universitaire, les analyses subtiles des esthéticiens de la réception font l’effet de réminiscences d’un très lointain Age d’or de la lecture où chaque texte était presque encore un “billet doux”. Aucun universitaire ne le niera : il est temps de compléter la théorie du lecteur implicite par celle du non-lecteur implicite. On devrait avoir à peu près rendu compte de la situation en partant de l’idée qu’entre 98 % et 99 % de toutes les productions de textes issues de l’université sont rédigées dans l’attente, si justifiée ou injustifiée soit-elle, d’une non-lecture partielle ou totale de ces textes. Il serait illusoire de croire que cela pourrait rester sans effet sur l’éthique de l’auteur.

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  • Jean-Jacques Laffont prize 2011: Robert Townsend

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    This week the prize will be awarded to Robert Townsend, from MIT, by the city of Toulouse in partnership with the Institut d’Economie Industrielle (IDEI) (see official annoucement). It is hard to think of any other economist with such an impact both on theory and applied work in the field of development. Think of course of his clasical work on costly state verification, insurance, and more recently on financial development. I also quite like this recent piece on the geographic concentration of enterprise in Thailand.

    Professor Townsend began his work as a theorist working on general equilibrium models, contract theory, and mechanism design. He is known for his seminal work on costly state verification, the revelation principle, optimal multi-period contracts, the decentralization of economies with private information, models of money with spatially separated agents, and forecasting the forecasts of others. Townsend’s recent work focuses on analyzing the role and contributions of financial systems on developing economies by studying applied dynamic general equilibrium models and contract theory.

    On a personal note, I first met Robert Townsend in an Inter-American Bank project conference in Colombia in 1997. At the time, I was a government advisor in Paraguay, where I had been living for almost 10 years, and together with a couple of Paraguayan colleagues, we had won an Inter-American Bank research contest of the so-called Latin American and Caribbean Research Network, which provided us with funding to write a paper on “willingness to repay in financial markets in Paraguay“. I remember sitting in the Bogotá meeting and listening to these academics, which I had barely been doing for the past decades, and, despite the fact that I was not understanding most of what they were saying, suddenly getting convinced that I wanted to come back to the developed world and do a PhD to get better intellectual tools to address the issues I was struggling with in my daily work at the planning ministry or as a consultant. Conversations with Robert Townsend, as well as Marco Pagano, were then decisive in making this initial hunch a firm undertaking. Subsequently, I came to Toulouse and was privileged enough to work with Jean-Jacques Laffont onto my PhD. So of course, the occasion of this prize has a special flavor for me.

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  • Partisan grading

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    Intriguing findings by Talia Bar and Asaf Zussman, coming up in the American Economic Journal: Applied Economics, Vol. 4, Issue 1, January 2012.

    We study grading outcomes associated with professors in an elite university in the United States who were identified—using voter registration records from the county where the university is located—as either Republicans or Democrats. The evidence suggests that student grades are linked to the political orientation of professors. Relative to their Democratic colleagues, Republican professors are associated with a less egalitarian distribution of grades and with lower grades awarded to black students relative to whites.

    Here is a link to the full paper.

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  • Circulaire Guéant: suite

    30000 signatures recueillies à ce jour (voir le site).

    “Aujourd’hui, le gouvernement a sorti un communiqué de presse donnant quelques axes de la nouvelle circulaire. Rien n’indique à ce stade que la situation va réellement s’améliorer pour les diplômés étrangers.

    D’abord, parce qu’il minimise la gravité de la situation en parlant de «malentendus», ce qui est offensant pour ces diplômés qui sont aujourd’hui confrontés à des ordres de quitter le territoire – un « malentendu » ?

    Ensuite parce qu’il continue à mettre en avant des critères subjectifs qui livrent les diplômés étrangers à l’arbitraire des services administratifs.

    Enfin, quelle que soit la nouvelle circulaire, il faudra observer très concrètement si la situation des diplômés étrangers devient enfin digne de notre pays. Nous devons donc franchir une étape supplémentaire.

    Comme nous l’avons annoncé dans l’appel, notre action ne se limite pas à un clic. Nous nous sommes engagés à parrainer des diplômés étrangers en difficulté. Pour rendre ces parrainages publics, nous avons décidé d’organiser, avec le Collectif du 31 mai, une séance publique le mardi 10 janvier au cours de laquelle nous ferons intervenir une dizaine de duos parrain/filleul.

    Chaque filleul exposera son parcours et les difficultés auxquelles il est confronté, et le parrain évoquera les raisons de son soutien.

    Parmi les parrains présents on compte Albert Fert (prix Nobel de physique), Vincent Berger (président de l’université Paris 7), Patrice Brun (président de l’université Bordeaux 3), Caroline Fourest (éditorialiste), Caroline Huppert (réalisatrice), Tonie Marshall (réalisatrice)…

    Dès la semaine prochaine nous publierons sur notre site les parrainages accompagnés des témoignages.

    Avec nos remerciements pour votre soutien aux diplômés étrangers

    Jean-Pierre Mignard

    Bertrand Monthubert

    Fabienne Servan-Schreiber”

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  • Pétition demandant “le retrait” de la circulaire sur les étudiants étrangers

    Voici le site de la pétition demandant “le retrait” de la circulaire du 31 mai.

    “(…) La France gagne à recevoir des étudiants étrangers. Les étudiants étrangers ne sont pas une menace pour la France, ils sont une chance. Les universités le savent très bien : la France doit recevoir plus d’étudiants étrangers. C’est aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Canada, en Australie et maintenant même en Chine, que les étudiants étrangers apportent leur créativité, leur savoir-faire, leur énergie, leurs découvertes et leurs dépôts de brevets.

    Nous demandons l’abrogation de la circulaire Guéant, moralement méprisable, économiquement suicidaire. Nous appelons les chefs d’entreprise comme les universitaires à soutenir publiquement cette demande. Nous prenons l’engagement de soutenir les actions du collectif du 31 mai dans son combat contre des mesures dont l’absurdité le dispute à l’indignité, et de parrainer les diplômés étrangers en les aidant concrètement dans leurs démarches dans les préfectures, à les protéger, à faire tout ce qui est en notre possibilité pour qu’ils puissent rester dans notre pays et lui apporter leur richesse, car la matière grise est de toutes les couleurs.”

    Je suis bien placé à l’École d’Économie de Toulouse pour savoir à quel point les étudiants étrangers, et au delà les collègues étrangers, enrichissent notre vie professionnelle quotidienne et notre communauté.

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  • International Handbook on the Economics of Corruption, Volume 2


    Here is the book, currently available in Hardback. The launch event in Paris was an interesting one, especially because it was the opportunity for academics like me to learn about the way the world has changed for multinational companies such as Siemens or Thales (remember their previous name anyone?) eversince it is not fashionable anymore to pay large bribes in developing countries. In particular, the Thales representative stressed that “active” corruption is no longer acceptable, but that unfortunately they may still face “passive” corruption, i.e., be subject to harassement and other illegal requests, which are hard to turn down. What is not entirely clear to me is the real difference between these two categories. Does it mean that before, executives would have no second thoughts when paying bribes if that would enhance their business opportunities, while now they are quite unhappy when they face such demands? Or did bribe requests really change nature? Besides, it was also mentioned that while outright monetary bribery may have decreased overall, this probably goes hand in hand with significant changes in the nature of the compensations being used. For example, it may now be safer to ensure a job in the business venture, or a share of local business, to relatives and friends of important local contacts than to pay direct bribes. So, has corruption really declined in the wake of international conventions and campaigns since the 1990s? It would be great to have a micro-data based answer to this question. Note that so far, the standard country-level macro-data available tends to indicate that “on average the world has not significantly improved in the quality of governance“, in the words of Daniel Kaufmann.

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