• A la coupe du monde, je ne veux plus y aller maman

    worldcup

    En voyant les manifestations au Brésil, je me suis rappelé d’un article que j’avais écrit il y a trois ans au moment de la coupe du monde de football en Afrique du Sud. Comme il n’avait finalement pas été publié à l’époque (une autre histoire…), un ami m’a suggéré de profiter des circonstances pour le mettre à jour. Après relecture, je me rends en fait compte que c’est en fait inutile. Le voici donc dans sa version originale. Toute similitude avec des faits ou des évènements récents n’est sans doute pas fortuite.

    Coupe du monde de football et développement : bénédiction ou exploitation

    • A l’heure de la globalisation, la coupe du monde de football est un événement au retentissement planétaire. Deuxième manifestation la plus importante en termes d’impact médiatique après les jeux olympiques, elle est sans doute celle qui réunit le plus de peuples dans la même célébration. En 2006, l’édition allemande avait réunit 36 milliards de téléspectateurs cumulés, et nul doute que la finale 2010 en Afrique du sud établira un nouveau record absolu d’audience.
    • A cette occasion, il est de bon ton de louer le fait que le continent africain organise ainsi sa première coupe du monde, lui qui par ailleurs reste le moins développé de la planète, réunissant par exemple selon le classement établit en 2009 par la banque mondiale les 15 pays les plus pauvres selon leur produit intérieur brut par habitant. La coupe du monde 2010 pourrait-elle donc changer la vie des africains ?
    • Une partie de la réponse est à chercher du coté de la fédération internationale de football qui organise cet événement. Les données fournies par les chercheurs du Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges permettent de dresser un tableau assez informatif du fonctionnement de la FIFA. Sur les 2,5 milliards d’euros de recettes dégagées sur la période 2007-2010, ceux-ci estiment des marges bénéficiaires variant entre 24 et 36%, que ne renieraient pas les monopoles les plus efficaces. Quand à la marge d’activité sur l’organisation de compétitions, elle serait elle de 62% !
    • Comment cela est-il possible ? Tout simplement parce que la FIFA commercialise en position de monopole tous les aspects monnayables de ses compétitions. Les juteux droits de retransmission d’abord (près d’un milliard d’euros en 2006), mais aussi tous les droits à l’image sur les produits dérivés. La véritable question qui se pose donc est celle du décalage entre une manifestation commerciale entièrement programmée pour générer le rendement le plus élevé possible, et la réalité locale de son organisation alors même que des discours lénifiants en vantent l’impact positif pour l’Afrique du Sud.
    • Quelles sont vraiment les retombées économique et sociales pour le pays hôte ? En termes globaux, les études disponibles tablent sur un gain ponctuel en termes de croissance situé entre 0,1 et 0,7% du PIB. Si l’on accepte ces estimations sans doute contestables, on reconnaitra qu’il n’y a pas là de quoi changer la vie des populations locales, même dans l’hypothèse improbable ou cette somme atteindrait vraiment les plus nécessiteux. Mais de plus, la réalité locale est beaucoup moins rose. Un récent rapport d’Amnesty International signale que « La réglementation adoptée dans les villes hôtes pour respecter les exigences de la FIFA est utilisée par la police pour éloigner les vendeurs ambulants de sites à accès contrôlé et de zones d’exclusion aux alentours des lieux accueillant la Coupe du monde. Les infractions à cette réglementation sont passibles d’amendes pouvant atteindre (environ 1 000 euros) et de peines pouvant aller jusqu’à six mois de prison. » Les règles FIFA, qui attribuent l’exploitation des activités autour des stades, telles que les stands de nourriture et de boissons, à des vendeurs mis en situation d’exclusivité afin d’en extraire des droits plus élevés, ne sont en rien mitigées par la mise à disposition de stands dans des « zones de marché », dont le prix, inabordable pour les petits vendeurs sud-africains, est de 500 euros. De plus, toujours selon Amnesty International, « Les actes de harcèlement menés par la police contre des vendeurs des rues, des Sud-Africains sans domicile fixe et des réfugiés et migrants vivant dans des centres d’accueil ou des logements surpeuplés dans les quartiers pauvres ont augmenté. Ces destructions ont lieu sans avertissement préalable, en l’absence de toute proposition de solution de relogement satisfaisante ou de compensation, et au mépris du droit national, qui interdit les expulsions forcées.» On le voit, une coupe du monde « propre » se doit d’éloigner les gueux qui demanderaient leur part de la rente ainsi générée et de cacher la misère qui pourrait effrayer les touristes. Rien de vraiment surprenant, puisque ces mêmes comportements de déplacement de populations sont également courants dans le cadre de l’exploitation des ressources naturelles, comme le dénonce depuis longtemps mon collègue Jean-Paul Azam.
    • Au-delà des belles déclarations politiques et des quelques emplois temporaires créés par l’événement, la réalité est que les bénéfices de cette coupe du monde seront largement capturés par la FIFA et ses dirigeants, qui selon le CDES ont dépensé entre 2007 et 2010 plus en charges de fonctionnement que pour le développement du football, par les sponsors et les grands groupes économiques qui ne laisseront que des miettes au fisc sud-africain, ainsi que par les élites locales impliquées dans le développement d’infrastructures dont l’adéquation avec les besoins de développement locaux est souvent douteuse.
    • Dans un contexte ou la FIFA échappe de fait à toute juridiction nationale ou internationale contraignante, ne répondant qu’à ses propres lois, seule l’opinion publique et la circulation d’informations détaillées sur son véritable fonctionnement peuvent changer la donne. Preuve en est le bras de fer engagé par les médias sud-africains avant le début de la compétition pour refuser les conditions d’accréditation et le droit de regard sur les contenus éditoriaux imposés par la FIFA et dénoncés comme abusifs.
    • La question du modèle de développement du sport globalisé, formidable machine à produire de l’argent, doit être posée, sous peine que le football reste un spectacle faisant la joie de millions d’entre nous, mais n’enrichissant qu’une poignée de privilégiés.

    (Juillet 2010) (more…)

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    • What can sport do for favelas?

      Brazil-Maracana

      I am just coming back from Rio de Janeiro. On the way to the airport the expressway crossing some of Rio’s more famous favelas was some years ago isolated from nearby houses, often barely a few meters from the road, by a long plastiglass-like wall. From places to places, some pieces have been removed, to allow street vendors to jump directly onto the road and walk the constant traffic to offer a variety of goods to drivers. My Brazilian friend was telling me that a controversy erupted about the real purpose of the walling. While officially it was meant to protect residents from the noise and other nuisances, some claimed its real purpose was to prevent incoming tourist from having too much of a view on poverty-ridden favelas. As the 2014 football worldcup in Brazil, which final will be played at the Maracana stadium lower down the expressway, and the 2016 olympic games in Rio approach, more infrastructure work and neighborhood remodeling will take place, and this type of controversies is likely to be repeated again and again.

      Actually, it’s becoming a classic of big sport events, and not only in emerging countries for that matter, as this recent Guardian article shows in the case of the upcoming 2012 London Olympics.

      Two years ago, the football world cup in South Africa also generated its share of complaints and discussions about poverty cleansing and misdirected investments (see examples here and here).

      I guess the deeper question here is the real development impact that such huge events may have on developing host countries, and especially on the poorest part of their population (not mentioning of course that these same people are being priced out of most events anyway, see an example here in the Maracana case). The media often carry a kind of informal consensus that if managed cleverly, these may generate some additional aggregate growth, which would subsequently trickle down on the poor, to which you should add the benefit of new available infrastructure such as public transportation or sport facilities.

      I just have two problems with this. First, I have yet to see a convincing study establishing the much acclaimed growth effect. Second, the kind and modality of investments often required by such events are unlikely to fit the more fundamental development needs of local populations and urbanizations. To continue on the Brazilian example, I was also told on the way that a $30 million cycling track build in 2007 for the Panamerican games, ended up not suiting the olympics standards, and is now being scrapped to build a new one. Here again, the problem is that although it looks to me as a rather exciting research area, I don’t know of any good study providing convincing answers to put in front of the rather dispiriting anecdotal evidence building up games after games, and cups after cups.

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